Lors d’une demande de financement, la présentation claire et vérifiable des fonds propres est souvent décisive. Les fonds propres montrent la capacité de l’entreprise à absorber des pertes, sa structure financière et l’engagement des associés. Un dossier lisible, chiffré et documenté réduit les allers-retours avec le chargé d’affaires et accélère la prise de décision. Dans cet article, je détaille ce que sont les fonds propres, comment les calculer pas à pas, quels justificatifs fournir et quelles options existent pour les renforcer rapidement et durablement.
Qu’est-ce que les fonds propres et pourquoi ils comptent
Les fonds propres regroupent les éléments du passif qui représentent la valeur nette détenue par les associés ou actionnaires : le capital social, les primes d’émission, les réserves, le report à nouveau et le résultat de l’exercice. Ils figurent au passif du bilan et constituent la valeur nette comptable de l’entreprise. Pour un prêteur ou un investisseur, un niveau de fonds propres suffisant indique une capacité d’absorption des chocs économiques, réduit le risque de faillite et améliore la solvabilité. De plus, certains dispositifs d’aide ou financements publics exigent un pourcentage minimum de fonds propres.
Calcul pas à pas des fonds propres
Le calcul doit être simple et traçable sur les documents comptables. Voici la méthode de base à suivre :
- Reprendre le bilan comptable au dernier exercice clos, validé par l’expert-comptable.
- Identifier les postes de capitaux propres : capital social, primes d’émission, réserves, report à nouveau, résultat net.
- Ajouter ou déduire les ajustements nécessaires : réévaluations d’actifs, pertes exceptionnelles, retraitements fiscaux ou corrections d’inventaire justifiées.
- Présenter la somme comme « fonds propres comptables nets » et expliquer chaque retraitement dans une annexe ou une note comptable.
- Si vous fournissez un bilan intermédiaire, joignez un rapprochement entre le bilan annuel et le bilan intermédiaire pour expliquer les variations.
Formule simple
Fonds propres = Capital social + Primes d’émission + Réserves + Report à nouveau + Résultat net ± Ajustements expliqués.
Exemple chiffré simplifié
Voici un exemple sur deux exercices permettant de visualiser l’évolution et le calcul :
| Année | Capital social | Réserves | Report à nouveau | Résultat | Fonds propres |
|---|---|---|---|---|---|
| Exercice N-1 | 50 000 € | 20 000 € | 5 000 € | 8 000 € | 83 000 € |
| Exercice N | 50 000 € | 25 000 € | 5 000 € | 10 000 € | 90 000 € |
Ce tableau simple montre l’évolution annuelle et facilite le calcul des ratios demandés par la banque. Il est utile d’accompagner ce tableau d’un commentaire expliquant la provenance des réserves ou l’affectation du résultat.
Les justificatifs à joindre au dossier
Pour rendre votre dossier recevable et convaincant, fournissez les éléments suivants :
- Bilans et comptes de résultat des 2 à 3 derniers exercices, idéalement certifiés par l’expert-comptable.
- Annexes comptables expliquant les postes de capitaux propres et les retraitements éventuels.
- Procès-verbaux d’assemblée, contrats d’augmentation de capital et relevés bancaires attestant des apports en numéraire.
- Évaluations et procès-verbaux pour les apports en nature, avec rapports d’un commissaire aux apports si nécessaire.
- Conventions de compte courant d’associé signées si des apports en compte courant sont utilisés comme renfort temporaire.
- Tableau de flux de trésorerie prévisionnel et bilan prévisionnel montrant l’impact des apports proposés sur la trésorerie et les ratios.
Le rôle des leviers pour améliorer les fonds propres
Plusieurs leviers peuvent être activés selon l’urgence et le contexte. Chaque option a des avantages et des limites :
- Apports en numéraire par les associés : immédiats et visibles sur les comptes bancaires, ils renforcent durablement les fonds propres si intégrés au capital.
- Apports en nature : utiles si l’entreprise dispose d’actifs valorisables, mais nécessitent une évaluation précise et parfois un commissaire aux apports.
- Capitalisation des résultats : affecter le résultat en réserve au lieu de distribution renforce les fonds propres sans nécessité d’apport externe.
- Comptes courants d’associés : apport rapide et flexible, mais souvent considéré comme moins stable par les banques, sauf s’il existe une convention claire et durable.
- Subventions et aides publiques : elles augmentent la capacité nette sans créer de dette, mais sont parfois conditionnées et non récurrentes.
Ratios que la banque regardera en priorité
Les principaux ratios que surveillent les prêteurs sont :
- Fonds propres / Total bilan : indique la structure financière et la marge de sécurité (souvent attendu ≥ 20 % selon le secteur).
- Endettement net / Fonds propres : mesure le levier financier (pour une PME, un ratio < 2 est souvent souhaitable).
- Couverture des charges financières : EBIT / charges financières, préférence pour > 3 pour confirmer la capacité à payer les intérêts.
Conseils pratiques pour présenter un dossier convaincant
Rendez votre dossier facile à lire : synthèse en une page, tableaux comparatifs N-2/N-1/N, commentaires sur les évolutions et annexes justificatives. Mentionnez clairement les retraitements opérés et joignez les preuves bancaires des apports. Expliquez le caractère durable ou temporaire des mesures (compte courant d’associé vs augmentation de capital). Enfin, simulez l’effet des différentes options sur vos ratios et votre trésorerie et présentez un plan d’action clair : mesures immédiates, calendrier et impact attendu.
Une approche transparente, chiffrée et accompagnée des justificatifs appropriés rassure la banque et augmente vos chances d’obtenir les garanties et financements nécessaires. Si besoin, faites valider vos documents par votre expert-comptable avant dépôt pour limiter les allers-retours et accélérer la décision.





